Interview de Jean-Luc Perez coureur de la Race Across France

Jean-Luc Perez est professeur de physique agrégé dans le prestigieux lycée Louis-le-Grand à Paris, mais c'est dans le cyclisme d'endurance qu'il assouvit sa vraie passion. Père de 3 enfants, ce cycliste aguerri à l'ultra-distance, notamment, aux courses des 24 heures solo à Sebring et au Mans, prendra le 14 août 2020 la route de la Race Across France : une épreuve d'endurance non-stop de 2 600 kilomètres. Cette course, la seule maintenue cet été, traversera la France du Sud au Nord, avec le franchissement des Alpes. Il s’élancera sous les couleurs de la branche énergie des Manufactures Février, Hellio, solutions d’économies d’énergie de l’habitat. Un engagement pour Hellio qui depuis 2016 soutient la performance sportive et l’usage du vélo. Interview du coureur à 10 jours du début de la course.

 

Quand avez-vous commencé à pratiquer le cyclisme et pourquoi ?

J’ai d’abord commencé le vélo par des  courses  (2 ou 3h) en format classique sur route. Puis, il y a six ans, je me suis lancé dans l'endurance. À cette période, mon père a eu des soucis de santé et le sport m’a permis de m'évader, de prendre du recul et de me détacher du quotidien difficile. Finalement, le vélo a été pour moi une sorte de support de méditation. Je pouvais apprécier la nature, voir d'autres paysages et surtout, ressentir une multitude de sensations.


Qu’est-ce qui vous plait le plus dans la course cycliste ? Pourquoi choisir la course ultra ?

J’ai décidé de me lancer dans une carrière d'ultra distance, c’est-à-dire, des courses de vélo qui dépassent  24 heures, après mes deux premières courses en 24H solo.

J'ai commencé par une course de 1 000 km en Autriche, dans un parcours très montagneux où j'ai décroché la 3ème place. Puis, en 2018, je me suis lancé pour la première fois au départ de la Race Across France : 2 600 km du Sud de la France (depuis Cannes) jusqu’au Nord (Le Touquet )avec la traversée des Alpes. C’est une course intense où le dénivelé total atteint environ 30 000 mètres, ce qui représente trois fois et demie l'ascension de l’Everest ou encore 80 fois la montée de la tour Eiffel! Malgré deux accidents ( percuté deux fois par des voitures), une côte fêlée, le visage tuméfié, j’ai quand même réussi à atteindre l'arrivée en 3ème position.

C’est une course qui englobe beaucoup de choses. Il faut être accompagné. C'est ce qui est intéressant dans ces courses d'endurance ! Je suis seul sur le vélo, mais je suis également dans un esprit d'équipe. On gagne ou on perd ensemble. Quand on fait des courses classiques de cyclisme, on est vraiment dans une équipe, mais on a quand même un esprit très individualiste : il y a un vainqueur, c'est celui qui franchi la ligne d’arrivée. Tandis que dans les courses d’ultra, finir une course, c'est déjà gagner en soi, que vous soyez premier, deuxième, troisième ou quatrième…

Votre défi : c’est d'atteindre l'arrivée, toujours dans un temps limité.

 

Quelles sont les courses auxquelles vous avez participé ?

J’ai fait plusieurs courses, telles que les 24 heures du Mans en 2014 où j’ai fini 2ème, puis à Calafat (Espagne) où j’ai également décroché la 2ème place. En 2017, j’ai participé aux 24 heures de Sebring (Floride) en solo puis 2017 j’ai été vice-champion d’Europe 24 heures solo en Slovénie (874 km). L’année 2018 fut très riche : vice-champion du monde aux 24 heures solo à Borrego Springs (USA) avec 808 km puis au compteur puis une victoire pour la 2ème année consécutive aux 24 heures de Sebring (USA) et la 3ème place lors de la Race Across France.

En 2019, j’ai participé à la Race Across America dans la catégorie duo, avec mon ami Evens Stievenart, talentueux cycliste d’ultra endurance  et également pilote automobile. Nous avons parcouru 4 941 km en 6 jours, 10 heures et 39 minutes, record mondial à la clé! Grosse performance.. On voulait être les premiers Français à mettre nos noms au palmarès de cette course reconnue comme la plus difficile au monde. Défi relevé puisque nous avons gagné la compétition !

Ce résultat a été obtenu dans des conditions encore une fois très difficiles, car quelques jours avant mon départ pour les États-Unis, j’avais gravement chuté à l'entraînement, je suis monté dans l'avion en fauteuil roulant, j'étais blessé à la cuisse droite, touché aux adducteurs, mais je me suis accroché et je n’ai rien lâché grâce au soutien d’Evens et l’équipe.



Quand avez-vous commencé à pratiquer le cyclisme et pourquoi ?

La Race Across France en 2018. C’était ma première expérience aussi longue en solo avec plus de 2 500 km parcourus.  J’ai fini à la troisième place avec deux côtes cassées et une luxation de l’épaule. J’ai fait une mauvaise chute 5 km après le départ, j’ai pu maîtriser la douleur grâce à la force mentale et à la beauté du paysage. Je n’avais jamais fait plus de 40 heures consécutives et là, je me suis retrouvé sur une course de 6 jours ! Je n’avais pas encore de sponsors à ce moment-là. Ce fut une grosse organisation à mettre en place.

 

 Comment vous êtes-vous préparé pour la course ? 


Ce type de course nécessite pour les coureurs une préparation physique et mentale. Il faut en parallèle préparer la logistique et la vie du staff parce que c'est une caravane ambulante. Vous devez trouver un hôtel, faire dormir les équipes. Il y a deux défis majeurs : celui du coureur et celui de son staff qu'on ne voit pas forcément.

Vous devez bien entraîner votre corps. L'endurance, tout le monde l’a. Quand on fait de l'endurance en 24 heures, en soi, ce n’est pas compliqué à faire. On peut s'arrêter autant de fois que l’on veut et dormir. . Ce qui est difficile, c'est l'allure, le rythme, la gestion de l'effort. Parce que si l’on va trop fort et donc trop vite, et que l’on ne s'est pas bien alimenté, on manque d'énergie, et c'est là que l’on craque. S'entraîner pour des formats d’endurance, c'est le faire de façon fractionnée, c’est-à-dire, décomposer ses efforts en petites quantités avec un entraînement de 2 à 3 heures par jour de façon répétée. Parfois, il y a des entraînements quotidiens, un le matin et un l'après-midi pour habituer le corps à réduire sa phase de récupération. Il n'y a pas meilleur entraînement pour l'endurance que de faire du sport. Je le dis tous les jours, mon meilleur entraînement  c'est quand je rentre chez moi m’occuper de mes enfants, faire les commissions, sortir les poubelles, le chien, etc. puis d’aller ensuite retrouver mes étudiants.



Quelle équipe vous accompagne ?  

 

Dans mon staff actuel, j’ai eu la chance de pouvoir compter sur des amis ainsi que de trouver des gens qui aimaient l'ultra endurance. Je ne les connaissais pas, mais ils se sont spontanément proposés pour m'accompagner. J'ai un staff de dix personnes regroupant des pompiers de formation, infirmiers, militaires, policiers, professeurs, informaticiens, sans emploi. Vivre ensemble dans une voiture pendant cinq jours, c’est un vrai confinement! Seulement qqls douches, sans dormir, en mangeant des sandwichs, et cela, pour suivre un coureur qui roule à 25  kilomètres par heure environ. C’est comme un défi: il y a une équipe, des hommes, des femmes, des gens qui à la base ne se connaissent pas, mais qui se réunissent autour d’un projet commun afin d’aider le coureur à réussir son objectif et gagner. Et ça crée vraiment beaucoup de liens, même s’il y a parfois des tensions à gérer aussi.

Quelle sera votre quotidien pendant la course ?  

 

Un coureur, c’est un capital d’énergie. C'est un peu comme une pile électrique. IL faut répartir et gérer la consommation de cette quantité d’électricité.  L'idée est de faire presque 30 heures d'affilée de course. Il y aura certainement des petits arrêts de 10 minutes par-ci par-là. Quand je m’arrête, c’est pour manger, nettoyer mes jambes, et éventuellement dormir 30 à 40 minutes. Ainsi, je ne dépasse pas 1h30, voir 2 heures maximum d’arrêt par tranche de 24h sur 2 600 km en cinq jours ! Pour gagner ces compétitions, il ne faut pas dépasser une totalité de 15 heures de sommeil ce qui revient à dormir 3 heures par jour max et déjà c'est beaucoup.

Dans ces moments, c'est le corps qui dicte sa loi. Après 20 heures de course, le corps se détache de notre quotidien. Il n'a plus d'horloge. Le corps n'a plus du tout la notion de jour ni de l’heure. On sait approximativement où on est dans la journée en fonction du soleil et de la lune.

On utilise énormément la technique de sommeils de 10 /15 minutes. Très puissant, mais aussi très réparateur. Quand il commence à faire très chaud, c'est là où il vaut mieux se reposer une heure, dire stop et se mettre dans un endroit frais.

Quel objectif vous êtes-vous fixé ? 

 

J'ai investi dans un entraînement intensif et rigoureux avec le staff. On a essayé de prévoir, d'anticiper, de mettre en place une stratégie de course, ainsi qu’une stratégie de vie. Je dirais que si tout ça se met bien en place comme prévu, le projet sera abouti et réussi.

C'est une compétition et on me soutient. J'ai également un esprit compétiteur. Donc je n'y vais pas pour envoyer des cartes postales de France !

J’ai été vice-champion du monde des 24h solo de Borrego Springs et vice-champion d’Europe des 24 heures solo en Slovénie également, ce qui me confère un certain statut et j'ai envie de lui faire honneur. Quand on est sur le vélo et qu’on entend le top départ, il faut tout donner. Je dois revenir sur ma stratégie établie, sur ce que j'ai mis en place à l'entraînement et le valider en donnant le meilleur de moi.

Quelles sont selon vous les valeurs du cyclisme ? 

 

L'humilité et la simplicité. Et puis, il faut être intelligent. Il faut aussi être humble, savoir qu'à un moment donné, on va souffrir, sentir ses limites arrivées et les accepter. Pour moi, c'est l'humilité dans sa splendeur. Il faut arriver à se surpasser pour arriver à tricher avec son mental et le duper. Aller chercher au fond de son esprit, se rappeler des instants de vie où on était en vacances par exemple. Retrouver du plaisir, parce que c'est le plaisir qui vous relance dans ces moments où vous êtes seul sur votre vélo. Si vous pensez à votre condition sur le vélo (pluie, chaleurs, douleurs…), vous allez mal vivre la course.



Comment Hellio vous accompagne dans cette compétition ?

Hellio m'accompagne et me fait profiter des produits de la marque  (T-shirt, maillot…) . Hellio m’aide à mieux me faire connaître, notamment, grâce à son marketing. Elle m’aide également sur l’aspect logistique comme les réservations ou la planification de ma course. Mais c’est surtout cette envie de réussir qui nous réunit.

Quand on est sur la route, il n’y a que nous et la nature. Préserver ces paysages somptueux, avoir un impact positif sur l’environnement sont également des valeurs communes avec Hellio.